Dimanche 21 septembre 2008 7 21 /09 /Sep /2008 16:13

Nous sommes rentrés en France il y a juste deux semaines maintenant. Nous nous excusons du silence radio, mais le retour au pays s’est accompagné d’un certain nombre de contraintes pratiques comme la recherche d’un logement sur Paris, ce qui relève actuellement du parcours du combattant, des formalités administratives de début de nos stages respectifs…

 

Mais maintenant que nous sommes enfin installés dans notre capitale parisienne, nous nous remettons avec plaisir sur ce blog.

 

Voici le programme que nous nous sommes fixés pour la suite. Tout d’abord, nous allons finir de publier les derniers articles concernant les interviews réalisées en Argentine.

 

Maintenant que nous sommes rentrés en France s’annonce la deuxième partie de notre projet : la communication sur les nouvelles formes d’organisation de l’entreprise.

 

Nous voulons en effet témoigner auprès des étudiants, les décideurs de demain, des professeurs, des entrepreneurs et des institutions financières, qu’il est possible d’organiser différemment l’entreprise selon des principes de justice sociale et de protection de l’environnement, tout en étant rentable économiquement. Les différents business models rencontrés en Amérique Latine nous servirons d’autant d’exemples.

Les formes que prendrons ces actions de communication sont les suivantes : conférence-témoignage, conférence-débat avec des spécialistes du développement durable, publication d’articles papier, participation dans un media social européen,… Nous voyons Kamilia et Colombe le week-end prochain pour discuter de tout cela ainsi que du futur de l’association.

 

Si vous êtes intéressé par notre témoignage, si vous voulez nous rencontrer pour discuter de ce dont nous avons appris lors de ce voyage, n’hésitez pas à nous contacter, nous vous rencontrerions avec plaisir. (Marie : 0673218548, Olivier : 0630817238)

 

Nous vous encourageons également à monter un projet semblable au notre, à rencontrer des gens différents, à voyager, à agir pour un monde meilleur,… Nous avons beaucoup appris durant ce voyage, sur tous les plans. Un article bilan essaiera prochainement de résumer tout cela !

 

A bientôt, continuez à nous lire !!!

Par Marie & Olivier - Publié dans : au fil du voyage... - Communauté : Economie sociale et solidaire
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Dimanche 21 septembre 2008 7 21 /09 /Sep /2008 15:57

Un restaurant et un restaurateur atypique

 

La Marchigiana est un restaurant italo-argentin créé en 1949. Il s’est fait une réputation dans Mendoza, notamment pour ses pâtes maison. C’est une entreprise familiale désormais dirigée par Fernando Barbera. Celui-ci est un entrepreneur enthousiaste, qui s’intéresse aux questions sociales et environnementales, par sensibilité mais aussi par pragmatisme. En effet, les constats qu’il fait tous les jours sur la situation sociale et environnementale en Argentine comme ailleurs, ainsi que la volonté de laisser un monde vivable à ses enfants, le poussent à agir. Comme il le dit lui même, il gère de façon paternaliste le restaurant et les employés, tout en les aidant à s’organiser pour leur bien et celui de la communauté. Fernando a créé une organisation pour promouvoir la responsabilité sociale des entreprises à Mendoza, Valos, et a réussi à attirer de nombreuses entreprises de Mendoza. La stratégie de Fernando n’est pas vraiment explicite et aussi bien redigée que celle de Masisa: il fonctionne plutôt en s’informant beaucoup (Il nous cite des articles de Michael Porter de la Harvard Business Review, des livres sur le rôle de la monnaie dans la société, des exemples historiques, etc) et en lançant des projets pour améliorer la vie de la communauté, notamment la situation des plus pauvres.

 

Des projets concrets pour améliorer la chaîne de production

 

Ainsi, il a donné l’idée du programme Inversol de El Arca (voir article précédent sur ce sujet), en investissant de l’argent pour la production de tomates par des petits producteurs d’EL Arca, afin de le fournir en matière première. Il ne s’agit pas de don, la logique est celle du développement de la communauté avec le plus d’autonomie possible. Puis il a accompagné l’évolution vers une plus grande valeur ajoutée, en aidant les producteurs à produire des sauces tomates de bonne qualité. Là encore, il n’a acheté ces produits que pour leur qualité et leurs prix meilleurs que ceux des concurrents éloignés. Si l’intention est de donner du travail aux habitants de Mendoza plutôt qu’ailleurs, il en va aussi de la réputation et de la marque de son restaurant. La démarche est celle de l’impulsion puis du partenaire, pas de la béquille. Le potentiel est souvent là, notamment la volonté de travailler et de bien faire, mais le manque de capital et de formation sont des freins majeurs. Ceux-ci le sont de manière relative aux populations, pas dans l’absolu: c’est à dire que les sommes en jeu pour lancer la production ne paraissent pas grande pour n’importe quelle banque, mais sont au contraire énormes pour des entrepreneurs sans capital et sans garanties. Aujourd’hui, El Arca est un fournisseur important de La Marchigiana. El Arca souhaite faire un pas supplémentaire dans ce secteur. Les deux acteurs ont conclu un accord basé sur une stratégie commune. Faire produire par les petits producteurs de El Arca des sauces spéciales, cuisinées, appelées gourmet en Argentine (référence à la France oblige…) à base de matière première elle aussi fournie par El Arca,. La valeur ajoutée est supérieure aux sauces tomates produites actuellement. En s’appuyant sur la qualité et les prix compétitifs obtenus grâce à l’organisation d’El Arca, et d’autre part sur la marque reconnue de La Marchigiana, le but est de vendre dans différents circuits de distribution (épiceries fines, boutiques spécialisées et réseau d’entreprises amies de La Marchigiana) ces produits, à Mendoza et ailleurs. Les producteurs sont payés selon les règles du commerce équitable, à un prix décent, et les deux acteurs exploitent un segment du marché avec des avantages forts par rapport à la concurrence, en particulier industrielle.

 

Au niveau interne, il incite ses employés à s’engager et à s’organiser. Les cuisiniers font ainsi du volontariat d’entreprise en allant dans des quartiers pauvres de Mendoza pour donner des cours de cuisine à des jeunes, dans la perspective de les professionnaliser. D’eux mêmes, portés par cette dynamique d’entreprise emmenée surtout par le charisme de Fernando Barbera, ils ont lancé une initiative pour économiser l’eau et l’énergie dans les processus de production. En dehors de son partenariat avec El Arca et ASEM, Fernando Barbera a aussi lancé une Banque alimentaire avec d’autres entreprises, afin de fournir en nourriture des cantines pour enfants malnutris. Dans toutes ses actions, il s’agit d’appliquer des politiques de RSE en lien avec le cœur de métier, l’alimentation, et non de faire de la charité pure.


 

 

Volonté et génération de confiance

 

C’est donc une volonté d’agir pour la communauté locale qui a permis à La Marchigiana de déboucher sur un impact social fort en termes d’emplois et de rémunération, d’avantage compétitif grâce à des produits moins chers ou au même prix mais de meilleure qualité. Au départ, une politique d’achat plus poussée que d’autres entreprises, car se souciant des impacts environnementaux et sociaux, a lancé le projet et commencé à récolter les fruits de l’action. Après avoir créer la dynamique, La Marchigiana a su accompagner le développement du partenariat pour arriver à profiter de nouvelles opportunités et améliorer à nouveau ses impacts. C’est la confiance générée d’abord par ASEM et El Arca et leur travail de fond sur le terrain social qui a incité La Marchigiana a commencer une relation. Au fur et à mesure des avancées du projet initial, la confiance a augmenté et a abouti au prêt de la marque du restaurant à El Arca pour vendre ses produits.

 

Cette confiance générée est essentielle. En effet, lorsqu’une crise éclate, l’argent peut ne plus venir au même rythme, mais la confiance entre les partenaires permet de continuer à agir, et donc d’amortir le choc. Cela peut passer par des échanges non monétaires ou par des monnaies complémentaires. Fernando insiste sur ces échanges alternatifs, enthousiasmé par le livre du belge Bernard Lietaer, « Le futur de la monnaie », et les monnaies alternatives qui se sont créées lors de la crise argentine partout dans le pays pour continuer à pouvoir échanger. La confiance générée a ainsi une grande valeur, elle permet de continuer les échanges en s’affranchissant de la monnaie traditionnelle, en passant par le troc ou l’invention d’une monnaie locale. De plus, lorsque une crise se produit, les actions de philanthropie sont réduites drastiquement, ce qui coupe les dynamiques qui pouvaient être créées. Les actions basées sur une stratégie ayant pour but de créer de la valeur pour tous les partenaires durent plus longtemps.

 

Une illustration de l’opportunité que représente le développement durable pour les entreprises

 

Le degré de complexité de l’engagement de La Marchigiana dans la RSE, montré par le partenariat avec La Marchigiana, montre la largeur du champ d’action des entreprises si elles décident réellement de faire de la RSE un axe stratégique et non pas un champ pour des actions de marketing de court terme. La réflexion par rapport aux impacts d’une entreprise ne doit pas conduire à une attitude défensive, qui s’excuse, minimise ou camoufle des dommages sociaux et environnementaux. Au contraire, un engagement véritable, qui génère de la confiance, permet de profiter de nouvelles opportunités tout en améliorant ses impacts sociaux et environnementaux. La confiance est ainsi un paramètre essentiel dans cette nouvelle logique de la collaboration et de la complémentarité; on peut la valoriser beaucoup plus que dans des logiques de concurrence.

 

Sur un plan plus large, la destruction sociale et environnementale se retourne contre les entreprises. L’évasion fiscale ou la volonté de payer toujours moins d’impôts implique moins d’investissement dans l’éducation, ce qui se répercute sur les entreprises qui doivent former en interne leurs employés. L’insécurité oblige les entreprises à payer des fortunes les compagnies privées de sécurité. La pollution ou le gaspillage des ressources implique un plus grand coût pour tous et des impôts plus importants pour rendre les mêmes services. Fernando Barbera insiste ainsi sur le fait que les entreprises ne peuvent ignorer des éléments si important pour leur fonctionnement.

 

Il précise enfin que si la RSE est une opportunité pour les entreprises, mesurer coûte cher pour les PME. Il est plus simple d’agir et d’avancer que d’attendre d’avoir mis en place des indicateurs fiables. Il existe donc une limite aux réglementations et au développement des actions de RSE par rapport aux grandes entreprises qui ont les moyens de réaliser ces opérations. Se regrouper en réseau d’entreprises peut être une solution, mais l’essentiel est de lancer des actions fortes et cohérentes, sans attendre. Il faut donc être convaincu de ce que l’on fait.

 

Distinctions

 

Afin de mettre en place ces différentes initiatives, Fernando Barbera a d’abord commencé à cerner les concepts utiles pour sa stratégie. Il a ainsi opéré plusieurs distinctions pour appliquer la RSE. Le commerce juste ou équitable est lié mais distinct de la consommation consciente. En effet, le commerce équitable permet plus de transparence et une garantie d’un prix décent, mais s’inscrit toujours dans une relation purement marchande mettant en concurrence selon les critères qualité prix. La consommation consciente à avoir avec des valeurs, le fait que les consommateurs se sentent responsables de leurs achats, du fait que l’on ne peut choisir le plus bas prix sans connaître les conditions qui l’ont permis. Cela suppose donc une réflexion, une éducation préalable qui permette de comprendre les enjeux pour mieux agir.

 

Au niveau des incitations pour les entreprises à s’engager dans la RSE, trois concepts se distinguent. Tout d’abord la coercition, c’est à dire la réglementation. Basée sur les lois et leur application, elle permet de fixer le cadre dans lequel les entreprises vont se concurrencer. C’est une condition nécessaire mais non suffisante. La RSE va bien plus loin que le respect des lois, et à avoir avec la conviction que respecter l’environnement et la société sont les bonnes choses à faire. Cette conviction se divise en deux sous parties : c’est ce que je dois faire car c’est dans mon intérêt, et c’est ce que je dois faire même si ce n’est pas dans mon intérêt.

 

Le premier est le plus facile : l’incitation pour s’engager est le fait que cela permet d’améliorer la performance de l’entreprise (moins de consommation d’énergie et de matière première, baisse des risques liés aux problèmes créés par les opérations de la firme). On peut ici citer l’exemple très récent de Tata, le conglomérat indien qui s’est rendu notamment célèbre en lançant sa voiture à très bas prix. Le lancement est au point mort car l’entreprise, avec l’aide des autorités indiennes, a exproprié avec une faible compensation les terres de nombreux paysans pour installer ses nouvelles usines. Les manifestations des paysans bloquent l’avancée des travaux. Prendre en compte l’intérêt de toutes les parties prenantes est donc dans l’intérêt du bon déroulement des opérations de l’entreprise. Lorsqu’il n’est pas de l’intérêt direct de l’entreprise de respecter des principes de RSE, il est pourtant nécessaire de le faire. C’est bien entendu le point le plus difficile. Cela se rapproche de situations où l’obligation n’est pas faite de respecter certains principes ou lorsqu’il est possible de s’y soustraire (manque d’application de la loi). En appeler à la moralité et à l’autorégulation a rarement été efficace dans ce genre de situation. Ce qui peut fonctionner en revanche, c’est le principe de cohérence. Fernando Barbera insiste en effet sur le fait que l’on doit être le même pendant 24h. On ne peut se comporter en homme sans scrupule dans le monde des affaires et jouer à l’honnête homme en dehors. Cela se traduit par le fait que les clients peuvent très rapidement détecter qui est hypocrite et qui croit réellement dans son action. Plus important encore, l’efficacité de l’entreprise peu être mise en danger. Une stratégie n’est efficace que si les actions menées par les différentes parties de l’entreprise sont en harmonie et reflètent la même volonté. Annoncer des actions de RSE tout en donnant pour directive d’éviter de les appliquer dès que c’est possible a de bonnes chances de devenir contreproductif. La cohérence est donc ici l’aiguillon qui peut conduire les entreprises à respecter les principes de la RSE même si ce n’est pas dans leur intérêt direct. Il faut bien sûr préciser que par « respecter les principes de la RSE » il ne s’agit pas de faire tout ce qui est possible pour sauver l’environnement et la société, mais bien de ce qui touche directement les opérations et les parties prenantes des entreprises. Enfin, il convient de reconnaître que si cet aiguillon existe, il a de nombreuses limites.

 

Engagement personnel total

 

Fernando Barbera est l’impulseur de nombreuses dynamiques. S’il est convaincu de la justesse de son travail, par conviction et pragmatisme, il reconnaît que cela à avoir surtout avec lui-même, plus qu’avec une stratégie élaborée avec les autres dirigeants. Il a donc un rôle de leader et d’exemple. Cet engagement personnel total tient en un seul exemple. Lors de la crise de 2001, la région de Mendoza souhaitait réduire ses coûts de fonctionnement. Les hommes politiques qui siégeaient ont décidé, entre autres mesures, de supprimer la subvention faite aux cantines scolaires qui permettaient de nourrir les enfants malnutris. Ses deux restaurants ont publiquement annoncé, via les journaux et sur leurs portes, qu’aucun fonctionnaire ou homme politique (les principaux clients des restaurants étant justement les hommes politiques, ainsi que des hommes d’affaires) ne pourrait entrer jusqu’à rétablissement de la subvention. L’idée initiale était de coordonner cette action avec d’autres entreprises et ONG, pour montrer le pouvoir du « tiers secteur », c'est-à-dire de la société civile. La notion de démocratie participative, qui donne plus de pouvoir local et permet plus d’autogestion, est essentielle pour Fernando Barbera. L’intervention dans le domaine politique, pour susciter le questionnement et agir concrètement, lui paraît totalement légitime et même nécessaire pour construire une société plus juste, plus humaine et plus durable.

 

Sources :

 

Entretien avec Fernando Barbera et Maria Paz de Valos.

Annexe:

Une vidéo de Fernando Barbera présentant sa vision de l'engagement sociétal et environnemental

 

Par Marie & Olivier - Publié dans : analyse des business models durables - Communauté : Economie sociale et solidaire
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Mercredi 3 septembre 2008 3 03 /09 /Sep /2008 23:18

Trois points essentiels pour soutenir la stratégie de El Arca:

 

-La formation permanente grâce au partenariat avec l’ASEM et d’autres organisations comme Ashoka. De nombreux évènements sont organisés afin de développer à l’intérieur comme à l’extérieur la communauté El Arca. Par exemple, des tournois de football de rue permettent de nouer des liens avec d’autres familles, qui elles mêmes intègrent plus tard, peu à peu, la communauté, sous forme de clients ou de producteurs. Les ateliers pour apprendre à entreprendre sont régulièrement organisés. Les exemples à succès des années précédentes créent une dynamique positive. 

-La promotion permanente du commerce avec justice à travers tous les canaux possibles et toutes les alliances mentionnées précédemment. La communication est très importante pour diffuser les valeurs et la vision de l’organisation, attirer de nouveaux membres (consommateurs, entreprises consommatrices, producteurs, etc) et donc améliorer ses résultats. El Arca veut faire passer de l’édiuation, des valeurs, de la confiance, beaucoup de choses intangibles, à travers l’échange marchand local. Précision importante, El Arca fait très peu de publicité traditionnelle, elle fonctionne par bouche à oreille avec les particuliers et par des opérations de relations publiques avec les clients institutionnels et ses divers partenaires.

 

-El Arca promeut une action qui part de la base, les producteurs et consommateurs locaux. Elle veut rester horizontale, sans empiler les hiérarchies et en évitant les intermédiaires, en considérant égaux les clients institutionnels et les familles clientes. L’esprit est aussi celui du profil bas, humble, désireux de progresser peu à peu, à force de travail, en s’améliorant peu à peu, en essayant d’augmenter la valeur ajoutée de ses produits. El Arca estime que beaucoup de gens pensent que d’autres modèles de production/consommation sont possibles ; il s’agit de montrer que c’est possible en en créant effectivement un qui marche. Il s’agit aussi de montrer les impacts de ses achats au consommateur, et de se soucier plus de ce qu’il veut réellement (ses besoins, fruit de sa volonté) plutôt que de sans cesse jouer à travers de la publicité sur ses désirs pour créer de nouveaux besoins illusoires.

 


Le système de chaîne de valeur intégrée et conviviale:

 El Arca a lancé un système innovant, Inversol, à la suite d’un projet de développement local avec le restaurant La Marchigiana (Un article sur ce restaurant va suivre). Il s’agissait pour le restaurant de se fournir en sauce tomate, dont il est un grand consommateur (Restaurant Italo-Argentin), en permettant de donner du travail à d’autres habitants de Mendoza plutôt que de l’importer depuis des régions ou pays lointains. La Marchigiana a donc investi du capital pour permettre le lancement d’une production de tomates de qualité avec El Arca. Le restaurant reçoit donc toute l’année de la sauce tomate locale de qualité, en ayant eu à avancer le montant du lancement de l’activité de production.

 

El Arca a voulu répliquer ce système en proposant à tous les clients de prêter 100 pesos (22 euros environs) à des producteurs. Les 100 pesos correspondent à une rangée de tomates, frais de semence, culture et récolte compris. A la fin de la production de la sauce tomate (cycle de 5 mois en tout), tous les clients et producteurs font une fête. Cela permet de se rencontrer, de générer plus de confiance et de convivialité entre les différents acteurs. Les clients ont le choix de récupérer leur argent et de recevoir trois bouteilles de sauce tomate comme intérêt de leur prêt durant la période, ou de repartir avec l’équivalent en sauce tomate. 80% des clients préfèrent repartir avec de la sauce tomate, ce qui permet de transmettre et d’augmenter du capital pour les producteurs et pérenniser la culture. C’est une logique de production, entre consommateurs et producteurs, à l’opposé d’une logique de banque. La volonté est celle de clore un cercle vertueux entre producteurs et consommateurs.

 Le produit est de qualité bien supérieure aux produits de supermarchés, sans aucun produit chimique habituel dans les produits industriels, mais à un prix similaire. En effet, la bouteille en verre représente environ 35% du prix final. Les consommateurs responsables qui achètent ce produit rendent conscieusement leur bouteille à chaque fin d’utilisation, et permet donc de recommencer le cycle vertueux de la production du petit producteur. Les valeurs économique, sociale et environnementale se conjuguent ainsi positivement. Cela implique aussi la construction d’une relation de confiance et de fidélité.

 

L'innovation au service de la société: les échanges alternatifs et les monnaies complémentaires locales.

 

            La réflexion sur le développement local est très poussée. Le concept de monnaie est donc questionné. (Il l’est aussi en France et dans d’autres pays, la création de monnaie n’étant plus vraiment du domaine public: les Etats n’utilisent plus leur pouvoir régalien de battre monnaie, mais empruntent sur les marchés financiers, les institutions privées et les ménages lui faisant crédit et augmentant donc la masse monétaire en circulation) Il l’est d’autant plus en Argentine où l’inflation, les politiques extrêmes (parité dollar/peso par exemple) et la dette externe font peser la menace de modifications brusques du taux de change du peso.

 

            Le manque de monnaie empêche des acteurs pourtant riches de capacité de travail de se développer. Le succès du micro crédit, contraire à toutes les théories classiques (la nécessité d’actifs tangibles pour garantir un prêt), montre la possibilité d’inventer de nouvelles modalités d’échange, même (et surtout) si elles sont qualifiées d’utopiques ou irréalistes. Face aux contraintes de disponibilité de crédit pour les producteurs, El Arca cherche donc à innover. Voici deux exemples concrets :

 

Exemple 1 :

 

Des liens entre une entreprise de transport et des producteurs de nourriture se sont concrétisés en échangeant du transport contre de la nourriture. L’entreprise de transport remplit rarement ses camions à 100%, ce qui laisse une capacité de transport non utilisée donc non rentable. Les petits producteurs ont souvent des quantités modestes à transporter. Enfin, les entreprises de transport ont souvent des services internes pour fournir des repas à leurs employés. L’échange se fait en faisant payer le petit producteur un coût inférieur au coût standard car il permet de rentabiliser un espace non rentable auparavant ; et de le payer soit en produits pour alimenter les employés de transport, soit en monnaie « complémentaire » émise par El Arca, comme des bons d’achat permettant de payer des biens El Arca. Un cercle vertueux se crée donc.

 

 

 

     

 

Situacion sans échange

Situacion avec échange

Entreprise

Capacités supplémentaires non rentabilisées

Nécessité d’acheter des produits alimentaaires, que El Arca a à disposition

 

 

Capacités supplémentaires rentabilices

Nécesité remplie par l’échange de produits/services ou par l’attribution d’une monnaie complémentaire

El Arca

Difficulté pour trouver des moyens logistiques sans ressources monétaires

Disponibilité de produits pour réaliser des transactions, monétaires ou non.

Résolution du problème logistique Mobilise et fair circuler la production

Active des mécanismes de génération de confiance intersectorielle.

 

Le président de la banque centrale d’Argentine a exprimé son intérêt pour ce type de monnaie locale qui serait complémentaire de la monnaie nationale. La monnaie étant basée sur la confiance, et permettant l’échange et la circulation de biens et services, elle est essentielle à El Arca. Le contexte argentin d’instabilité, de manque de confiance et la construction du système El Arca de liens de confiance dans une communauté solidaire en sont les deux raisons principales.

 

Exemple 2:


 
L’alliance entre El Arca, la Banque alimentaire (co-créée à l’initiative de Fernando Barbera), ASEM, Valos et des organisations locales a débouché sur un autre type de cercle vertueux. Ici l’exemple est celui d’un produit élaboré à partir de pêches.

 

-Les entreprises de Valos réalisent des donations de matière première à la Banque alimentaire afin qu’elle puisse fournir des cantines gratuites pour les enfants malnutris. Le nouveau projet permet que cette donation intègre un circuit plus complexe et générateur de plus de valeur sociale et économique pour la communauté.

-La banque alimentaire donne une partie des dons qu’elle reçoit à EL Arca (par exemple des produits périssables et disponibles en trop gros volume pour être écoulés rapidement dans les cantines, comme des fruits) En échange, elle reçoit des produits élaborés à partir de ces matières premières qu’elle donne, produits de plus longue conservation et d’apport nutritionnel similaire.

-Ces dons de matière première permettent aux producteurs de EL Arca d’avoir plus de revenu. (Dans la mesure du posible les matières premières sont fournies aux familles dont les enfants sont touchés par ces problèmes de malnutritions, évitant qu’il ne s’agisse juste de charité, et augmentant les revenus des parents) L’excédent est vendu aux réseaux de familles de EL Arca.

-ASEM accompagne le projet en opérant la transition d’un programme totalement subventionné à celui structuré par la notion de travail.

-Les petits producteurs gardent 30% de ce qu’ils ont produit pour leur propre consommation ou pour le vendre au prix de la main d’oeuvre, sans plus value supplémentaire.

 

Le projet en chiffres:

 

Quantité de produits élaborés à partir du don de matière première provenant de la Banque alimentaire: 5000 unités ( EL ARCA) + 1500 ( 30% pour les producteurs) = 6500 unités

 Décomposition du prix:

ITEM

VALEUR

Récipient

$ 1,30

Pêche

$ 0,70

Sucre

$ 0,20

Divers (transport, higiene, )

$ 0,30

Etiquettes

$ 0,10

Valeur du travail

$ 1,50

EL Arca

$ 0,60

TOTAL produit 900 GRAMMES

$ 4,70

Matières premières et produits donnés

Récipients 6500 unités Valeur= $ 8450

Pêche 4500 Kgrs.                               Valeur= $ 4500

     Sucre 600 Kgrs                                         Valeur= $ 900

     VALEUR TOTALE                                 $ 13850          

Chaque 6500 unités produites, 2950 (sois 13865 pesos) seront donnés à la Banque alimentaire, 1950 seront gardées par les producteurs (9165 pesos) et 1600 seront prises par EL Arca (7520)


 
On peut résumer cet exemple avec le schema suivant:





Réplicabilité

 El Arca se donne pour mission de constituer un modèle réplicable. D’ici à la fin de l’année, un « manuel El Arca » sera publié, indiquant les différents processus engagés et comment répéter l’expérience. D’ores et déjà, plusieurs groupes venus d’autres régions argentines étudient ce concept.

El Arca considère qu'il peut exister une organisation semblable à El Arca tous les 100000 habitants. C'est un marché suffisant pour permettre à l'organisation d'être autofinancée. Tout excédent est

 réinvesti dans la communauté.

 

 

Résultats:

 El Arca productores más consumidores a été créée en Mai 2005 sous sa forme juridique actuelle, après une période de gestation du projet. Des 5 aires occupés par les producteurs directs (textile, agricole, services, artisanat, alimentation), seul l’artisanat est touché par des cessations d’activité, du à la forte volatilité des ventes (achat d’impulsion et concurrence forte).

 

Le chiffre d'affaires d'El Arca est de $1335000 ($=peso argentin, 4,5 pesos = 1 euro environ) mais les producteurs vendent 30% de la production par d'autres moyens de commercialisation, soit une valeur de production de $1735000. El Arca reçoit 15% de ces $1335000, soit $200250. Cela représente 55% du point d'équilibre de l'entité. L’évolution est très positive, El Arca est parti de 0 de chiffre d’affaires. La différence est pour l'instant comblée par ASEM, et l'équilibre est prévu pour 2009. L’intégration de nouveaux clients (dernièrement le syndicat des fonctionnaires de la ville) est en bonne voie et permet de viser l’équilibre en 2009. 100 personnes font partie du système Inversol, qui fonctionne depuis 5 ans avec succès. Les liens de confiance, de solidarité, d’échange permettent d’affronter dans de bien meilleures situations les crises socio-économiques qui frappent régulièrement l’Argentine.

 

El Arca a mis en place des indicateurs pour mesurer les impacts de l’organisation. Les résultats ne sont pas encore disponibles, mais la définition des indicateurs retenus est en soit un point essentiel. En effet, l’organisation mesure ses résultats en termes quantitatifs ET qualitatifs, et regarde ses impacts plutôt que les montants investis.

- Exemples d’indicateurs qualitatifs :
Degré de conformité avec l’institution et ses services

- Exemples d’indicateurs quantitatifs :

Chiffre d’affaires

Nombre de producteurs associés à El Arca

Pourcentage d’augmentation des revenus depuis l’adhésion

Nombre de familles qui achètent régulièrement

Pourcentage et niveau d’accès aux services formels d’éducation et de santé

 

L’aspect qualitatif reste problématique, car il est toujours incomplet. Ces éléments sont intangibles : la confiance, le sentiment d’être indépendant, le fait de se sentir bien parce que ses vêtements sont neufs, que les enfants vont à l’école, etc Même les indicateurs quantitatifs ne sont pas suffisants. Ainsi, les revenus des producteurs d’El Arca ont quasiment tous augmenté, mais ils n’atteignent pas forcément des niveaux qui permettraient de sortir définitivement de la pauvreté.

 Cette différence est notable si on effectue une comparaison avec les perspectives de certains rapports développement durable de grandes entreprises, qui montrent combien elles ont données à des programmes de charité, mais pas l’impact de ces actions à long terme. On peut s’apercevoir que d’une part ces montants sont infimes par rapport à leur marge ou à leur chiffre d’affaire, qu’une bonne part est souvent consommée en frais de gestion par les ONG/Fondations désignées, et que les impacts réels ne sont pas mesurés. On peut en dire autant de la Banque Mondiale par exemple, qui mesure les résultats de ses cadres et ses propres résultats en terme de volume de crédits octroyés, sans mesure des impacts sociaux et environnementaux. Muhammad Yunus insiste sur ses éléments dans son dernier livre Vers un nouveau capitalisme, et de nombreuses associations critiquent ces perspectives contre productives.

 

Limites :

 Un gros travail social a été fait préalablement, qui a généré beaucoup de confiance entre les acteurs et aussi à l’extérieur, attirant des acteurs extérieurs comme La Marchigiana par exemple. Il faut donc signaler que l’on ne peut refaire facilement la même chose dans un laps de temps court. On voit bien ici l’application du concept de « capital social » ou « capital confiance » : si on insiste souvent sur la nécessité d’avoir du capital financier pour lancer des projets, du capital humain, du capital intellectuel (brevets, marques, etc), atteindre un degré de confiance élevé est ardu et long. Cependant, les résultats obtenus aux niveaux des impacts économiques, sociaux et environnementaux sont à cette hauteur eux aussi. 

L’équipe directrice d’EL Arca a aussi noté qu’une tradition d’auto-organisation était fortement présente dans la culture locale, que ce soit pour faire le bien ou le mal. L’aspect culturel local est donc un facteur qui ne se retrouve pas forcément partout. De plus, Mendoza est la région la plus engagée et avancée en termes de développement durable en Argentine. Cela permet notamment le soutien de Valos, le réseau d’entreprises engagées (volontairement) dans des politiques de RSE

 

Il est nécessaire de réaliser un travail intersectoriel, de multiplier les contacts locaux pour pérenniser le projet et la communauté. L’engagement d’une majorité des acteurs locaux, à différents degrés, est essentielle. Une communauté autarcique n’est pas viable.

 

El Arca précise quelques risques spécifiques, qui mettent à l’épreuve la volonté de créer à la fois de la valeur économique et sociale et environnementale :

 

-Le passage de la petite production à une production moyenne à grande entraîne le danger de ne pas maintenir le même niveau de qualité, et contraint à plus investir dans l’amélioraion des processus de production. La croissance est donc source de tensions, sur la trésorerie notamment à l’heure de faire ces choix, et cela dans un contexte d’accession au crédit très difficile. La tension est aussi palpable au niveau de l’organisation démocratique El Arca, pour gérer les différentes étapes du développement.

 

-L’attrait du système EL Arca est fort à Mendoza, mais il faut savoir ne pas céder à la pression de l’urgence, car il s’agit de bien assimiler les valeurs, la différence avec les relations commerciales habituelles étant différentes. Une croissance lente mais sûre est privilégiée pour maintenir une homgénéité et conserver l’esprit de l’organisation. Le maintien de la stratégie initiale, maintenant que de nombreux succès ont été acquis, est moins évident car la volonté de raisonner en terme de communauté entière et de valeurs économique, sociale et environnementale en même temps est problématique.

 

-Une section de finances solidaires avec un fonds de micro crédit est urgent pour permettre le développement pérenne des entreprises. Le problème de l’inflation est déterminant lui aussi, notamment dans ce secteur financier, et est encore plus critique pour EL Arca car les populations concernées sont les plus pauvres.

 

 

Sources :

 Entretien avec Pablo Ordoñez, Daniela et Ruben

Plan de Negocios del Arca 2008

 

 Annexe:

Une video avec Pablo Ordoñez qui presente El Arca

Par Marie & Olivier - Publié dans : analyse des business models durables
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Mercredi 3 septembre 2008 3 03 /09 /Sep /2008 22:28

Résumé:

 

El Arca productores más consumidores (producteurs plus consommateurs) est une organisation sans but lucratif qui organise des relations de commerce avec justice (conditions de travail et de prix décent pour les producteurs notamment) entre producteurs et consommateurs, au sein d’une communauté pauvre de Mendoza. Le but est de créer de la valeur économique en augmentant le nombre d’emplois et les revenus générés localement, ainsi que de la valeur sociale en générant de la confiance entre les familles et les organisations, et enfin valeur  environnementale à travers une production locale respectueuse de la nature. El Arca travaille en collaboration avec l’ASEM, organisation qui la soutient et dont l’activité principale est d’apprendre à entreprendre aux jeunes et aux adultes défavorisés. Son travail est aussi réalisé avec de nombreuses entreprises engagées dans des politiques de responsabilité sociale, et plus généralement tous les acteurs institutionnels et particuliers désireux de travailler avec elle.

Cette organisation, dernière évolution d’un mouvement social fort,né dans les quartiers les plus pauvres de Mendoza, montre par ses résultats et ses innovations que des manières concrètes et efficaces de créer un modèle alternatif de production/consommation existent.

 


Problématique:

 

L’augmentation incessante des fluxs de marchandises peut conduire à des déséquilibres économiques, sociaux et environnementaux. Ainsi, on peut relever des situations absurdes comme l'importation et l'exportation simultanée du même produit (le poulet) par deux pays voisins, comme les Pays-Bas et le Royaume Uni (la différence de « qualité » des produits ne semble pas un facteur décisif, les deux produits étant élevés par des établissements industriels régis par les mêmes normes européennes). Plus grave, nous constatons depuis 30 ans la persistance du chômage de masse dans tous les pays occidentaux. La perte de la culture du travail est importante, et freine d'autant le retour à l'emploi. Enfin, le problème du prix, à travers la notion de pouvoir d'achat et d'inflation notamment, engendre une course aux bas prix, sans regarder les coûts sociaux, environnementaux et économiques de long terme. Dans un tel contexte, il semble que la notion de « local » retrouve tout son intérêt.

 

Nous sommes donc conduits à nous poser les questions suivantes :

 

Comment faire pour relocaliser l'économie, c'est à dire faire consommer les produits produits localement et ainsi diminuer l'augmentation des flux de matière et d'énergie non essentiels?

 

Comment faire pour inciter une consommation de produits locaux à des prix acceptables par tous, consommateurs et producteurs?

 

Comment réinsérer efficacement et durablement des groupes de chômeurs dans la société avec un projet socialement et environnementalement responsable?

 



Solution proposée:

 

El Arca Productores más consumidores (producteurs plus consommateurs) est un projet qui cherche à réinsérer par le travail et le “commerce avec justice” (différent du commerce équitable) des familles venant de quartiers pauvres de Mendoza (capitale de la province éponyme, proche de la cordillère des Andes, Argentine), durement touchées par la crise de 2001.

 

Il part de mouvements associatifs et religieux de ces quartiers pauvres depuis plusieurs dizaines d'années, qui ont rencontré de nombreux succès (construction d'écoles, de maisons en dur remplaçant les bidonvilles, etc). Peu à peu, le mouvement s'est orienté vers l'entrepreneuriat, en apprenant aux jeunes et aux adultes à devenir des entrepreneurs plus que des employés ou des gérants, en insistant sur les liens entre entreprise, environnement et social. L'ASEM est ainsi créée en 2002. Le succès est là aussi au rendez vous, de nombreux commerces voyant le jour. L’ASEM décide alors d'impulser une instance coopérative qui serve à commercialiser les produits des adhérents de l'ASEM : El Arca.

 

            C'est El Arca, qui fournit donc le service de vente et d'aide technique aux producteurs, ainsi que le contrôle de la qualité, des règles sociales et environnementales définies dans un cahier des charges. La volonté est donc d'améliorer les impacts sociaux et environnementaux des producteurs. Ceux ci bénéficient de surcroît d'une marque reconnue et de la confiance générée par tous les autres produits. Ce type d'organisme est courant dans les projets de développement local, en particulier en Amérique du Sud. Les PME ne pouvant individuellement s'offrir un service de commercialisation et d'obligation légales (comptabilité et facturation notamment), elles se regroupent, et contre un pourcentage du prix reversé à El Arca (ici 15%), elles bénéficient de multiples services.

 

            Mais l'originalité du projet réside dans une vision plus globale, celle d'une véritable communauté de “prosommateurs” (prosumidores), c'est à dire une communauté de gens qui produisent et consomment les produits de la communauté. Précision à ce stade de l'article, il ne s'agit pas de faire un phalanstère comme Charles Fourier, ou toute autre communauté vivant en autarcie. Il s'agit ici de privilégier pour des raisons d'optimum économique, social et environnemental les échanges à l'échelle locale. Cela se fait en intégrant dans le comité de direction des représentants de réseaux de familles conscients de l'impact de leurs actes d'achat. Les familles sont des membres associées de la coopérative, et ont leur mot à dire pour l'évolution de la coopérative. Le principe majeur sur lequels tous s'accordent est celui du “commerce avec justice”, le producteur obtenant un prix lui permettant de vivre décemment. L'objectif est d'intégrer d'autres consommateurs responsables. Cela ne signifie pas une course à la croissance du chiffre d'affaires, mais de toucher les autres acteurs locaux que sont les entreprises (constitution d'un groupe d'entreprises responsables de Mendoza qui achètent des produits), les ONG et les représentations de l'Etat (inciter l'Etat à acheter à des entreprises qui ont des impacts positifs sur le social et l'environnement).

 

  

 

 

 

Pour résumer le fonctionnement del Arca, on peut decrier, en simplifiant, toute la chaîne de production comme suivant:

  1. des agriculteurs cultivent des produits agricoles (sur des terres qui peuvent appartenir à El Arca)
  2. des producteurs achètent ces produits et les transforment (par exemple font de la sauce tomate à partir des tomates)
  3. El Arca achète ces produits transformés et les vend, en prenant 15 % de la valeur
  4. Une partie des clients est constituée par les familles de producteurs, membres del Arca également
  5. El Arca donne de l’assistance technique à certains producteurs, et impulse une démarche de consommateurs responsables

            

Différence entre producteurs directs et adhérents.

 

Les producteurs directs (100 familles) que l’organisation accompagne dans leurs processus de production (assistance technique), divisés en 5 aires : textile, agricole, services, artisanat, alimentation. Ils occupent des locaux de l’organisation, principalement des locaux en ville pour la confection textile et une ferme de 28 Ha. Cette ferme appartenait à la famille propriétaire de La Marchigiana, qui la loue à EL Arca en attendant qu’El Arca trouve les fonds pour l’acheter. A ce jour, la moitié de la ferme a été payée. La priorité de ses producteurs, en contrepartie, est de fournir les demandes de El Arca, même s’ils peuvent vendre une partie de leur production ailleurs (El Arca demande la vente de 30% de la production aux populations de la zone considérée). Ils sont la base du financement d’El Arca. Ils doivent atteindre une production minimale afin de rendre El Arca financièrement autonome.

 

Les producteurs adhérents (50 familles) sont des entrepreneurs autonomes qui recherchent des débouchés à travers EL Arca. Le regroupement de producteurs permet entre autres de faire des économies d’échelle et de postuler pour des contrats trop grands pour un seul producteur.

 

Consommateurs

 


-Les réseaux de familles solidaires, membres d’EL Arca : 200 familles achètent hebdomadairement des produits de producteurs EL Arca.

-Les réseaux d’entreprises qui réalisent leurs achats (vêtements professionnels, cadeaux d’entreprises notamment). Ceux-ci se sont renforcés avec la signature d’une alliance stratégique avec Valos, le réseau d’entreprises de Mendoza engagées dans la RSE. A l’heure actuelle 15 entreprises achètent régulièrement à EL Arca.

-Réseaux de 20 ONG locales et nationales

-Local de vente de producteurs agricoles.

-Un local pour la vente directe est en cours d’installation

 

50% des ventes sont dirigées vers les entreprises locales « conscientes ».

30% des ventes sont pour les réseaux de familles conscientes.

15% sont des ventes directes

5%, en forte augmentation, sont les ventes vers les ONG (8 pour le moment) et les collectivités locales.

 

Faire partie d’EL Arca conduit à de nombreux bénéfices pour les consommateurs: faire partie d’une communauté dont le but est l’amélioration de la qualité de vie de tous, avoir une garantie de produits locaux de qualité à des prix compétitifs, et recevoir des formations continues.

 


 

Alliances stratégiques

 


-Universités et institutions scolaires, pour la production et l’échange de  connaissances

-Fondations qui promeuvent les initiatives solidaires et alternatives : Ashoka, Avina, Valos, etc

- ONG qui apportent leurs connaissances et leur croyance dans l’articulation de liens dans la communauté

-Institutions étatiques nationales et locales comme le ministère du développement économique, de l’éducation, etc.

 

 

Comment cela peut-il marcher?

 

            Le soutien d'un important réseau de familles, d'entreprises, et d'autres acteurs responsables garantit un niveau de demande relativement stable. Cela permet d'envisager le futur avec plus de certitudes et de confiance, donc d'investir dans la production. Ce réseau est intégré dans les processus de décision. C'est bien une vision qui englobe la communauté entière. Ainsi, ce réseau est aussi un fantastique outil marketing pour les producteurs. Ils ont en permanence des acteurs intéressés à la réussite du projet qui les informent de leurs préférences. En anticipant plus que des entreprises classiques, cela permet une meilleure adaptation. L'économie en frais de marketing (sondages, focus group, publicité, étude de marché, etc) est énorme. El Arca exploite d’autant plus cet atout qu’elle cherche à se différencier par la personnalisation des produits. De nombreux produits d’EL Arca sont alimentaires, El Arca produit donc des aliments conçus sur mesure. Il est vrai qu'il existe un biais dans le sens que ce sont des consommateurs très au fait des enjeux sociaux et environnementaux, donc qu'ils ne représentent pas un “échantillon” représentatif de toute la population. Toutefois, cela ne s’avère pas être un problème majeur. Il faut ajouter pour être précis que les familles sont plus intéressées par les enjeux sociaux qu'environnementaux, car venant de milieux très pauvres et touchés en premier lieu par l'aspect social. Toutefois, El Arca met en place des programmes d'éducation et de sensibilisation sur ces thèmes, ce qui renforce la dynamique générale.

 

            Au niveau de la compétitivité des produits, au delà des éléments fournis ci-dessus, il faut insister sur la spécificité de la contrainte actionnariale dans ce système. Les familles et les petits groupes de femmes ou d'hommes possèdent  leurs entreprises et y travaillent. Il n'y a pas de pression pour accroître les profits dans le court terme, au contraire. C'est bien la perspective de durer et de transmettre aux enfants l'activité qui est la priorité. Les employés non propriétaires sont aussi des voisins plus ou moins proches, et l'esprit de communauté est d'autant plus présent avec l'adhésion à El Arca. Les 15% sont bien moins important que la marge qui serait exigée par un propriétaire d'une entreprise. Le produit sert à payer les différents coûts  (matière première, travail, impôts et les 15% pour El Arca), il n'y a pas de marge supplémentaire pour payer les détenteurs du capital. Celui-ci est souvent assez faible, et il augmente donc lentement. Des prêts sont parfois signés avec El Arca, avec comme garantie une commande ferme d’un client. (Modèle d’affacturage similaire à celui de Root Capital). El Arca souhaite créer un fonds autonome de micro crédit pour les producteurs, basé sur ce système d’affacturage.

 

            L’identification de segments adaptés pour la communauté de producteurs est un autre point clé de la stratégie de El Arca. Il est totalement cohérent avec les valeurs de l’institution, ce qui le rend d’autant plus efficace. Ainsi, dans le textile, les producteurs d’El Arca, notamment un groupe de femmes regroupées en coopérative, ne cherchent pas à produire des tee-shirts. La concurrence vient de Chine et d’Asie, mais aussi de quartiers de Buenos Aires. Dans les deux cas (notons aussi que ces pratiques existent en Europe et en France, à des niveaux moins importants), les conditions de travail sont extrêmement dures. La cible choisie a été la suivante: les vêtements professionnels des entreprises de la région, à fort renouvellement dû à l’usure, engagées dans des politiques de RSE et auxquelles un service sur mesure était pertinent. Les employés sont donc mesurés et bénéficient de vêtements parfaitement adaptés, les entreprises bénéficient d’un service de qualité et sont donc prêtes à s’engager. Notons que le service sur mesure a du sens notamment si le taux de remplacement des employés est faible, c'est-à-dire si un processus de fidélisation des employés, notamment à travers de bonnes conditions de travail, a lieu. Il existe donc une cohérence au niveau de la vision des entreprises. Les employés recevant ces vêtements sont ravis d’avoir des vêtements à leur mesure mais aussi de participer à un processus de développement local.

 

 

Equipement pour personnel de sécurité

 

Matière première

Valeur Travail

El Arca

Impôts

Prix Final

Pantalón tipo cargo en tela alpacuna

$ 35.00

$ 11.50

$ 6.98

$ 11.23

$ 64.70

Camisa en tela acrocel.

$ 19.50

 

$ 8.50

$ 4.20

$ 6.76

$ 38.96

Campera impermeable en trucker

$ 65.00

 

$ 25.00

$ 13.50

$ 21.74

$ 125.24

Ensemble Complet

 

 

 

 

$ 228.90

 

            Plus profondément, la culture des producteurs, impulsée à travers El Arca, est celle de l'honnêteté et de la transparence, renforcées par la proximité et l'intérêt commun. (Ce que George Orwell nomme la common decency.) Ainsi, les entreprises travaillent à “budget ouvert” avec leurs clients institutionnels, c'est à dire qu'elles présentent de manière transparente leurs coûts de matière première, de travail, d'impôts et les 15% pour El Arca. (Voir tableau ci-dessus.) Le client peut donc juger plus facilement la proposition faite, et sait que s'il demande moins il faudra diminuer une catégorie ou plusieurs.

 

            Ainsi, la compétitivité des produits est très bonne, tant en qualité (grâce notamment au cahier des charges et au contrôle qualité d'El Arca, à la pression classique du marché, et à la culture du travail bien fait des artisans) qu’au niveau du prix. La satisfaction de faire partie d’un projet positif pour la société locale est un élément important qui renforce cette compétitivité.

 

Exemple de produit à succès : le « bolsón de verduras » ou panier de fruits et légumes

 

El Arca fonctionne ici comme une AMAP (Association pour le Maintien d’une Agriculture Paysanne). Elle permet de réunir les petits producteurs des zones rurales ou rurbaines de Mendoza pour qu¡ils puissent vendre à un meilleur prix qu’au marché de gros leur production. Les consommateurs bénéficient eux de produits frais à meilleur prix en évitant les intermédiaires. Au delà de l’optimum économique acquis grâce à ce système, de la confiance et du lien social sont générés entre les habitants de quartiers voisins. 250 familles sont clientes, et l’activité est en forte croissance grâce à un contrat passé avec les syndicats de la fonction publique locale.

Par Marie & Olivier - Publié dans : analyse des business models durables
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Samedi 30 août 2008 6 30 /08 /Août /2008 22:49

 

 

Hinisa Hidisa est une entreprise qui gère des barrages hydrauliques dans la région de Mendoza. Elle appartenait à EDF mais le groupe français l´a vendue  il y a quelques années à Pampa Energia, un groupe argentin.

 

Nous avons voulu rencontrer cette entreprise car celle-ci met en place un certain nombre de programmes en lien avec le développement durable. La problématique qui est alors soulevée est la suivante: comment une grande entreprise peut elle agir sur la société et l'environnement tout en restant rentable économiquement?

 

Les programmes d'Hinisa-Hidisa

 

Hinisa-Hidisa met en place une série de programmes afin de toucher la société et d'améliorer son impact sur l'environnement. Il convient de souligner que tous ces programmes sont en lien avec le coeur de métier de l'entreprise: gérer des barrages hydrauliques. Même s'il est évident que ses programmes témoignent d'un réel souci pour l'environnement et la société, il ne s'agit en aucun cas de programmes de charité: la plupart des actions réalisées sont considérées comme des investissements à long terme qui ont pour but d'augmenter l'efficacité et la rentabilité de l'entreprise. D´autres sont simplement cohérentes avec la philosophie et la stratégie de l'entreprise, permettant d'augmenter les valeurs sociales et environnementales, mêmes si elles en sont pas rentables. (Quoique l'on peut toujours les rattacher à l'amélioration de l'image de marque)

 

Hinisa- Hidisa a développé cinq programmes: éducation, nutrition, prévention, environnement, tourisme.

 

Un des programmes initié par Hinisa-Hidisa concerne l'éducation. Il s'agit de sensibiliser les enfants de 400 écoles sur les thèmes de la sécurité près de barrages hydrauliques. Ils expliquent aussi aux enfants comment est techniquement produite l'électricité à partir de l'eau. On voit ici l'intérêt qu'a Hinisa-Hidisa à investir dans l'éducation des enfants pour qu'ils comprennent mieux le rôle de l'entreprise, afin de prévenir les éventuels problèmes de sécurité et qu'ils ne rejettent pas l'entreprise.

 

Un autre programme concerne la nutrition des enfants. Il s'agit d'aider des enfants à élaborer leur propre aliment (barres energétiques). Cela permet d'apprendre les bases d'hygiène aux enfants, de leur donner des conseils sur la nutrition. Il s'agit d'un investissement à long terme sur la communauté au sein de laquelle sont implantés les barrages. En effet, Jesus Herrera nous a expliqué qu'il ne faut pas voir les problèmes sociaux et environnementaux séparés de l'intérêt de l'entreprise: au contraire, la communauté impactée par ces programmes nutritifs constitue la main d'oeuvre de l'entreprise et surtout du cadre dans lequel elle évolue. Ainsi si des problèmes d'hygiène se développent au sein des communautés, cela peut affecter les barrages, par la contamination de l'eau ou la santé des personnels.

 

Un autre programme de prévention est mis en place, à un niveau plus général que la seule éducation des enfants. Il s'agit de sensibiliser toute la population proche des barrages sur l'activité hydraulique, ses enjeux et ses dangers.

 

De plus, un programme de protection de l'environnement est mise en place. Cela permet de limiter l'impact écologique de l'entreprise et d'expliquer aux gens l'intérêt de protéger des ressources précieuses comme l'électricité ou l'eau.

 

Enfin, un dernier programme consiste à aider au développement du tourisme. En effet, les barrages sont installés dans de beaux sites. L'entreprise ne veut pas que le tourisme soit freiné à cause de sa présence. Elle comprend qu'elle a tout intérêt à développer un tourisme qui permet d'enrichir la zone et connaît donc des impacts sociaux positifs.

 

 

A travers ces programmes, Hinisa-Hidisa veut toucher deux sortes de public. D'une part les communautés extérieures à l'entreprise mais qui vivent proches des installations hydrauliques. D'autre part, les propres employés de l'entreprise sont inclus dans les programmes. Il s'agit de véritablement créer une culture d'entreprise où chaque employé est ambassadeur des thèmes de protection de l'environnement et de la société. Personne n'est obligé de participer aux programmes, l'implication se fait sous la forme du volontariat. Cependant, tout employé d'Hinisa-Hidisa reçoit une sensibilisation aux thèmes sociaux et environnementaux. De plus, les valeurs qui animent les programmes mis en place se retrouvent dans le mode de mangement: respect des employés, économies d'énergie dans les bureaux,... “la caridad empieza por casa” ce qui signifie”charité bien ordonnée commence par soi-même”.


Les raisons de cet engagement dans le durable: la nécessité de voir à long terme

Lors que nous demandons à Jesús Herrera les raisons de ces programmes, l'intérêt réel que l'entreprise y tire, il semble presque surpris de notre question. Sa réponse est la suivante: “ ce n'est plus possible de faire du business autrement” ( = No se puede gestionar de otra manera ahora”). En effet, pour lui, l'entreprise a tout intérêt à éviter les crises environnementales qu'elle peut facilement produire, notamment pour des projets aussi grands que les centrales hydrauliques (on le voit avec le barrage des 3 Gorges en Chine par exemple). Il s'agit de prévenir plus que de guérir. De même, faire en sorte que les communautés locales vivant autour des centrales soient informées sur les risques, que les enfants soient en bonne santé, est une façon de diminuer les risques de rejet de l'entreprise, les crises sociales et garantit au contraire une fidélité des employés et une collaboration avec les communautés locales. Ainsi, une grande entreprise de bois qui avait une usine à endoza a dû se retirer de la région sous pression de la communauté locale qui refusait de continuer à voir toute la pollution que l'entreprise déversait. Un autre cas qui a fait grand bruit est le cas d'une papeterie d'un grand groupe industriel finlandais qui a été rejeté par l'Uruguay, situé en aval du fleuve que cette papeterie souhaitait utiliser, pour cause de pollution. Les investissements d'étude de marché, tout le travail de contact avec les autorités, les fournisseurs, etc a été ruiné parce que l'attention aux communautés qui pouvaient être impactées à été négligé. Ainsi, un des grands principes d'Hinisa-Hidisa est la transparence. Des journées portes ouvertes sont organisées régulièrement. Cela permet un contrôle permanent sur les impacts environnementaux et sociaux de l'entreprise.

 

En approfondissant les raisons de cet engagement dans la protection de l'environnement et de la société, on peut distinguer trois motivations : intérêt bien compris, obligation de consommateurs et conviction personnelle.

 

Une des premières raisons consite donc en un intérêt bien compris de l'entreprise. La plupart des entreprises voient la protection de l'environnement et les mesures sociales comme un coût supplémentaire. Jesús Herrera nous a expliqué que pour lui c'est exactement le contraire. Si les entreprises n'anticipent pas ces besoins de normes environnementales et de protection de la société, elles devront supporter des coûts beaucoup plus important dans le futur. Il nous a cité l'exemple des entreprises pétrolières touchées par les marées noires, ou du cas Nike. On peut même aller plus loin en disant que ces mesures ne sont pas des coûts mais peuvent apporter des gains. On le voit ainsi avec les économies d'énergie dans un monde où les prix des matières premières explosent, ou bien avec la fidélisation des salariés.

 

Une autre raison de cet engagement dans la protection de l'environnement et de la société, consiste en une obligation extérieure. Ainsi, de plus en plus de normes se développent, qui demandent aux entreprises de mieux maîtriser leurs impacts écologiques par exemple. Ainsi, de nombreuses entreprises de vin de Mendoza (bodegas) ont dû réfléchir à ces thèmes car lorsqu'elles exportaient en Europe ou aux Etats-Unis, l'acheteur voulait avoir la certification qu'il n'y avait pas de travail d'enfants ( ce qui est courant dans l'exploitation des vignes) ni de grande contamination environnementale. Un autre levier de pression est le consommateur lui-même qui demande de plus en plus des produits non polluants et qui prennent soin de la société. Cette tendance est nouvelle en Argentine, mais se développe de plus en plus. On parle de “consommateur conscient”.

 

Enfin, la conviction personnelle du dirigeant de l'entreprise ou de l'actionnaire peut permettre une orientation de l'entreprise vers une meilleure gestion des impacts sociaux et environnementaux. On l'a vu avec le cas “Masisa”.

 

Résultats

 

Hinisa-Hidisa consacre 0,5% de son EBITDA dans les programmes décrits plus hauts. Pour le programme éducation par exemple, 20 000 étudiants ont été touchés, dans 300 écoles environ. Il y a eu alors 0 accidents depuis le début du programme,ce qui est assez rare dans les pays en développement. De plus en plus d'écoles leur demandent de faire des interventions chez elles. La presse a aussi largement relayé ces initiatives. Il faut dire qu'il est rare enArgentine qu'une entreprise exploitant les ressources naturelles s'engage dans une politique de protection de l'environnement et de souci social. La conviction d'Hinisa-Hidisa est que l'exploitation des ressources naturelles ne peut être rentable à long terme sans y associer un souci environnemental et social. Parce que cela évite des coûts environnementaux énormes, parce que cela évite les crises sociales et qu'il s'agit d'investir sur la main d'oeuvre future, l'entreprise ne peut faire autrement que d'inclure des critères sociaux et environnementaux dans sa gestion.

 

Conclusion: des actions durables à inventer pour chaque secteur

L'exemple d'Hinisa-Hidisa nous paraît intéressant car il montre comment une grande entreprise peut concrètement inclure dans son business model un souci environnemental et social. Hinisa-Hidisa a choisi de se centrer sur l'éducation principalement, qui constitue pour elle un investissement à long terme.

 

Mais il n'y a pas une seule façon de répondre à ces problématiques. Lorsque le coeur de métier d'une entreprise consiste à exploiter des ressources naturelles, il est clair que la question environnementale est au coeur de son business. D'autres entreprises ont d'autres impacts sociaux et environnementaux. C'est à chacune d'entre elles d'inventer des formes innovantes de gestion et de production pour améliorer leur rentabilité à long terme car elles auront compris l'intérêt et la nécessité qu'il y a à protéger l'environnement et la société.

 

Sources:

Deux entretiens avec Jesús Herrera en août 2008

http://www.valos.org.ar/spaniol/home.php

 

 

 Annexe:

 

 

Une vidéo de Jesús Herrera nous présentant les programmes d’Hinisa-Hidisa
Par Marie & Olivier - Publié dans : articles de réflexion sur le développement durable
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Vendredi 29 août 2008 5 29 /08 /Août /2008 23:41

Bonjour à tous !

 

Voici quelques nouvelles de ces derniers jours. Nous venons de passer dix jours à Mendoza, en Argentine, au pied des Andes, à la frontière avec le Chili. Nous sommes arrivés dans cette ville le dimanche 17 août. Nous somme venus en bus depuis Buenos Aires, en voyageant en bus de nuit (15h de bus environ).Entre les petits vendeurs et la télé qui diffuse des films bruyants, nous n'avons pas beaucoup dormi... En arrivant Mendoza, nous avons beaucoup apprécié le calme de cette ville en comparaison avec Buenos Aires. Les rues sont larges, les maisons basses, il a fait beau tout le long de notre séjour, la ville est pleine de parcs et on aperçoit les sommets enneigés des Andes depuis le centre: bref nous trouvons que Mendoza est une ville très agréable à vivre. La cité urbaine est assez étendue, il y a 1 million d'habitants environ.


Lundi nous avons visité la ville, découvert ses rues comerçantes, la place centrale avec ses belles fontaines,.. Le soir nous sommes allés au cinéma, et je suis toute fière de comprendre à peu près les films en espagnol ! Mardi nous avons préparé les entretiens que nous allions avoir les jours suivants et le soir, nous avons diné avec Sebastian Bragagnolo que j'avais rencontré au forum à Buenos Aires. Ce fût une soirée très sympathique où nous avons pu discuter avec de vrais mendoziniens !


Le lendemain, mercredi, nous avons interviewé Jesus Herrera d'Hinisa-Hidisa, une entreprise qui gère des barrages hydrauliques. Vous trouverez bientôt un article à ce sujet sur le blog.

Nous avons consacré le jeudi à la rédaction des articles pour le blog. Le vendredi 22 c'était l'anniversaire d'Olivier. Nous sommes allés à Potrerillos, un petit village dans les Andes, au pied d'un lac. Le cadre était magnifique, nous avons fait presque 6 heures de ballade avec un pique-nique à midi. Le soir, nous sommes allés à La Marchigiana, célèbre restaurant de pâtes, qui de plus s'engage dans des projets de développement local (nous avons interviewé plus tard le patron !). Samedi et dimanche, notre programme a consisté à écrire des articles (eh oui on travaille pour vous), à faire du vélo dans le parque San Martin, et à faire quelques footing pour nous remettre en forme physiquement (parce qu'à force de manger pâtes, pizzas et glace, ...).


Lundi 25 août nous avons rencontré Pablo Ordoñez, membre du comité directeur d'une association de consommateurs et producteurs de Mendoza, El Arca. Ce fût une rencontre passionnante. Vous en saurez bientôt plus à ce sujet. Mardi matin nous avons aussi rencontré Andrès Heiremans, un ancien du MBA d'HEC. D'origine chilienne, il nous a expliqué pourquoi il travaille à Mendoza. Merci à lui pour le temps qu'il nous a consacré. Le lendemain, mercredi 27, nous avons interviewé Fernando Barbera, patron de la Marchigiana. Ce fût un échange passionant, où celui-ci nous a présenté sa vision de l'entrepreneuriat en Argentine et son attachement à développer les atouts locaux de la région. L'après-midi, nous avons eu la chance d'obtenir une invitation pour déguster les vins de Mendoza. En effet, Sebastian Bragagnolo que j'avais rencontré au SABF, travaille dans un club d'exportation de vins argentins et nous a gentiment invité à déguster des malbecs. Merci à lui !


Nous sommes rentrés le soir même à Buenos Aires. Et aujourd’hui, vendredi 29 août, nous avons rencontré les acteurs de “The working world”, une fondation qui prête de l’argent à des cooperatives et qui a été créée pendant la crise argentine pour permettre aux ouvriers de reprendre les entreprises abandonnées par leurs patrons (cas de faillites et faillites frauduleuses, laissant les employés avec d'importants impayés). Un film relate ce mouvement: “The Take”, d'Avi Lewis.
 


Il ne nous reste plus qu’une semaine de voyage alors à bientôt!

Par Marie & Olivier - Publié dans : au fil du voyage...
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Jeudi 28 août 2008 4 28 /08 /Août /2008 22:48

De l'humanitaire au business model
 

 Marleen Deblieck, d'origine belge, est partie de son pays natal à 18 ans pour effectuer un voyage en Amérique Latine, continent qu'elle rêvait de connaître. Après avoir voyagé pendant un an entre le Vénézuela et la Bolivie,elle décide de partir comme volontaire en Bolivie au sein d'une ONG.. Elle part ensuit au Chili, au sein de l'ONG Pachamama. Cette ONG s'occupe de femmes et d'enfants victimes de violences intrafamilliales. Elle est financée par les Etats belge et hollandais. Marleen Deblieck a ainsi realisé pendant presque 10 ans plusieurs projets humanitaires en Amérique du Sud. 
 

 En l'an 2000, la Belgique et les Pays-Bas décident que le Chili ne sera plus prioritaire pour l'envoi de fonds. En effet, le Chili devient l'un des pays les plus développés de la zone. Ainsi, il est conseillé à Marleen de créer une entreprise sociale pour donner une autre source de financement aux actions de Pachamama au Chili. Marleen est chargée du projet. Elle créé alors en 2000 l'entreprise Flores del Sur. Les bénéfices futurs de l'entreprise sont destinés à financer les activités de Pachamama.


 
Flores del Sur est une entreprise chilienne de fleurs coupées. Les employées sont des femmes aidées par l'ONG Pachamama. L'entreprise a lancé rapidement un projet de grande ampleur: cultiver des fleurs sur 4 hectares pour les vendre ensuite. Marleen nous a expliqué que Flores del Sur a reçu très vite le soutien de politiques (visite de ministres), et de fondations. La presse s'est intéressée à cette nouvelle forme d'entreprise, notamment parce qu'elle représentait un projet à grande échelle: 4 hectares et  près d'une centaine de femmes.


 
Au cours de cet engagement en tant que volontaire dans une ONG, Marleen Deblieck s'est rendue compte de l'importance de l'entreprise comme moyen d'action sur la pauvreté. En effet, l'entreprise a un rôle social car c'est elle qui fournit le travail, ainsi qu'un rôle sur l'environnement par les produits qu'elle fabrique ou les services qu'elle offre.

 
Ainsi, Marleen est partie d'une démarche humanitaire pour ensuite devenir gérante d'une entreprise. Cela nous rappelle une phrase de Pascal Dousse, directeur d'une école pour enfants pauvres à Cuzco: “on est entré par la charité mais je suis persuadé qu'on sortira par le business.” En effet, il a comme projet de développer des formations professionnelles pour les enfants de l'école. On voit ici le rôle important que peut jouer l'entreprise dans les pays en développement: être employé dans une entreprise peut redonner confiance aux gens pauvres en leur fournissant un salaire stable.

 

 

La nécessité d'être rentable économiquement

 

 Cependant, 7 ans après, Flores del Sur ne fait toujours pas de bénéfices et est au bord de la faillite.

 
Plusieurs raisons peuvent être apportées pour expliquer cet échec. D'une part la région où les fleurs étaient cultivées n'était pas adaptée à cette culture. Par exemple, les terres étaient beaucoup plus sèches que les terres du nord du pays où sont cultivées de nombreuses fleurs. Le modèle de production de fleurs coupées ne fonctionne donc pas car les conditions géographiques et climatiques du sud du Chili sont très différentes et impactent sur la production. Il convient cependant de noter que le marché n'était pas un problème: il y avait beaucoup de clients potentiels mais il n'y a jamais eu assez de fleurs produites.

 
D'autre part, l'entreprise n'a pas été très bien gérée: Marleen Deblieck a beaucoup d'expérience dans les actions humanitaires mais n'a pas de formation de gestion. Elle nous expliqué qu’elle n’a trouvé personne de confiance pour s’occuper de la finance de Flores del Sur. Il lui a donc été difficile de bien gérer Flores del Sur, économiquement parlant. Ainsi, le traditionnel écart entre le paiement des clients et la nécessité de créditer ses dettes fournisseurs conduit à d'importants problèmes de trésorerie. Quatre ans après sa création, l'entreprise est très endettée et ne fait pas assez de bénenéfices pour rembourser ses créanciers. Cela oblige Marleen Deblieck à fermer Flores del Sur.

 
Cette première expérience de gestion d'entreprise fait réfléchir Marleen Deblieck. Celle-ci se rend compte de l'importance de la rentabilité économique. L'entreprise Flores del Sur était parfaite en ce qui concerne l'impact social (des femmes en difficultés sont ses employées, très bonne ambiance de travail, reversement des bénéfices à l'ONG Pachamama,..) et l'environnement (les fleurs sont produites biologiquement). La seule dimension financière a empêché de mener à bien le projet.

 
Plusieurs années après, Marleen décide de se lancer à nouveau dans un projet d'entreprise mais en essayant de en pas répéter les erreurs de gestion du passé. L'une des premières lecons qu'elle a tiré de l'expérience avec Flores del Sur est la nécessité de faire les choses petit-à-petit. Il est essentiel de commencer avec un projet de moindre ampleur que Flores del Sur, de le stabiliser économiquement parlant pour ensuite le développer progressivement en maîtrisant l'endettement. Plus facile à dire qu'à faire !


 
Marleen nous a aussi expliqué son changement de mentalité dans son travail : auparavant elle considérait qu’il fallait faire le maximum pour les autres et en dernier lieu se préoccuper de soi. Son expérience avec Flores del Sur lui a fait comprendre l’importance d’être bien soi-même avant de s’occuper des autres. « Maintenant ma fondation ce sont mes deux filles » nous a-t-elle dit. En cherchant la rentabilité économique, elle stabilise sa situation et cela est à terme plus bénéfique pour les femmes qu’elle aide, car en fermant Flores del Sur beaucoup de travail effectué a été perdu.


 

Le changement: comment adopter une stratégie durable ?

            Marleen Deblieck achète alors
une boulangerie traditionnelle dans le centre de Concepción, la deuxième ville  chilienne après Santiago.

Celle-ci veut mettre en place une entreprise boulangère d'abord rentable économiquement, Mais elle ne veut pas en faire une simple entreprise dont le seul but est le profit. D'autres critères orientent la conduite de son entreprise: son impact social et le respect de l'environnement. Ainsi, Marleen change un commerce traditionnel en un véritable business model durable.

 

 

-         améliorer l'impact social de son entreprise 

     
Il y avait 5 personnes qui travaillaient dans la boulangerie quand Marleen l'a racheté. Mais ces personnes sont parties avec le changement de propriétaire et progressivement ce sont des femmes « chef de famille », c’est-à-dire qui élèvent seules leurs enfants, qui sont devenues employées. Pour elles il est très important de s’occuper de ces femmes qui sont abandonnés par leurs maris (elles ne reçoivent pas de pension alimentaire pour leurs enfants par exemple et doivent donc brutalement subvenir seules aux besoins de toute la famille), d’autant plus que la société chilienne est traditionnellement machiste. La première femme que Marleen emploie était une des prenières femmes à voir été aidée par Pachamama et Marleen a confiance en elle. Les autres employées ont été recrutées par cette femme par la suite. Le fait d'avoir un travail stable permet à ses femmes de retrouver confiance en elles et leur apporte un soutien financier non négligeable.

 

De plus, Marleen Deblieck s'attache à développer une ambiance de travail qui permette à chaque femme de se sentir bien, Des réunions mensuelles et des diners hebdomadaires sont organisées pour que chacunes d'entre elles s'exprime, explique ce qui en lui plaît pas, pourquoi elle a des difficultés à travailler avec telle personne, etc. Cela permet de fidéliser les employées qui sont mieux traitées que dans les boulangeries traditionnelles. De plus, Marleen Deblieck a décidé de les payer un peu plus que la moyenne du secteur afin que les employées puissent avoir un meilleur niveau de vie, et cela permet d'exiger d'elles un meilleur travail et de les fidéliser. Enfin, Marleen deblieck organise des cours de relaxation avec une coach. En effet, les femmes travaillent toute la journée et prennent rarement le temps de penser à elles. Nous avons pu remarquer lors de notre visite que le rythme de pétrissage, étalage et enfournage est très élevé. Marleen veut les aider à faire de courtes pauses au cours de la journée pour que les femmes apprennent à se détendre. Loin de favoriser la fainéantise, cette pause permet un travail plus efficace et moins nocif pour la santé.

 

Tous les produits de la boulangerie sont élaborés à base de farine complète, c'est-à-dire avec l'écorce de la graine moulue. De cette façon, les produits sont bien plus riches en nutriments que ceux fabriqués à base de farine blanche. Les prix de la boulangerie sont légèrement supérieurs à ceux du marché mais cela se compense par la meilleure qualité des produits. Ainsi un seul petit « queque » permet à lui seul de calmer la faim pendant plusieurs heures car il est très riche. Le prix d'un produit par rapport à son équivalent dans une autre boulangerie est supérieur, mais si on mesure l'apport nutritionnel, il est bien moins cher. Le “prix par nutriment essentiel” est donc moins cher dans ces produits, et il est plus intéressant économiquement d'en acheter pour couvrir ses besoins nutritionnels. De plus, un certain nombre de produits ne contiennent pas de sucres, pour les diabétiques. En effet, le Chili a un pourcentage de diabétiques en forte augmentation.

 

Mais il est essentiel d'éduquer la population en ce qui concerne l'alimentation: ce sont souvent les plus pauvres des villes qui achètent les choses les moins chères ce qui peut avoir des conséquences néfastes sur la santé. Ainsi, Marleen réalise des campagnes d'information sur l'alimentation dans sa boulangerie. Des panneaux aux murs expliquent les propriétés des différentes céréales. Des flyers donnent des informations sur l'importance d'une bonne alimentation.

 

 


-        
contrôler son impact sur l'environnement

Dans la mesure du possible, Marleen Deblieck achète les produits dont elle a besoin à des producteurs locaux (la confiture pour les pâtisseries par exemple). Cela permet à la fois de limiter les coûts environnementaux du transport sur longue distance, mais aussi de faire fonctionner l'économie locale.

 

 

 

Un business model inscrit dans le commerce équitable

 


          En plus des produits fabriqués par les femmes de la boulangeire, Marleen Deblieck vend dans sa Tahona différents produits provenant de producteurs locaux: miel, confiture,... Elle va elle-même acheter les produits directement au producteur et les revend avec une très faible marge. Son but est de réduire au maximum la chaîne entre le producteur et le consommateur. On s'approche ici de la logique du commerce équitable. Marleen Deblieck offre à ces petits producteurs un lieu de vente, une vitrine dans le centre de Concepciön. Des gens qui viennent acheter du pain, achètent des produits pour lesquels ils ne se seraient pas déplacer chez le producteur mais les auraient acheté en supermarché.




Nous avons ainsi pu rencontrer un ami de Marleen Deblieck qui travaille dans une ONG qui vise entre autre à aider l'artisanant local. L'ONG possède un local en plein centre de Concepción, ce qui permet d'exposer un certain nombre d'objets d'artisans locaux. Le principe est le même que dans la tahona: donner aux producteurs l'accès à un marché urbain.

 

 




Rés
ultats et perspectives pour la Tahona

 

La situation économique de la Tahona est équilibrée depuis mars dernier environ. Les ventes fonctionnent bien. En effet, la boulangerie est située entre une université et un hopital, ce qui lui assure une base de clients permanente.

 

Marleen Deblieck est donc en cours d'ouverture d'un deuxième centre de vente. Après avoir réussi à stabiliser sa première entreprise, elle compte en ouvrir une réplique, mais tout en gardant en tête le principe de progression lente: une seule personne de plus va d'abord être employée, les femmes se répartissant entre les deux boulangeries.

 

 

Limite du business model

 

Une des premières limites du business model peut être les conditions très favorables dans lesquelles évolue la Tahona. Ainsi Marleen Deblieck nous a expliqué qu'elle n'a pratiquement pas de concurrence. Il n'existe pas, ou très peu, de vraies boulangeries dans Concepción, qui font du pain de qualité ainsi que des pâtisseries succulentes. La plupart des gens achètent leur pain dans des supermarchés ou des minimarket sur le bord de la route qui vendent un peu de tout.  De plus, la localisation privilégiée de la Tahona reste une exception.


           Par ailleurs, les coûts des produits de la Tahona sont supérieurs aux produits traditionnels ce qui oblige Marleen a fixer le prix de ses produits un peu au dessus des autres produits. La qualité des produits de Marleen est cependant largement supérieure aux produits traditionnels. On voit donc que finalement le rapport prix/nutriment est bien meilleure dans la boulangerie de Marleen. Cependant, il faut se demander à quel point les gens sont capables de faire ce raisonnement et d'acheter les produits de Marleen, notamment les plus pauvres. Il est en effet courant de voir des gens démunis faire des économies sur la nourriture pour pouvoir consommer d'autres choses, notamment sous l'influence de la publicité. Il n'est pas rare de trouver dans des habitats in
salubres des téléviseurs de bonne qualité, ou des aliments transformés, gras et sucrés et à faible apport en nutriments et/ou vitamines essentiels.

 Un travail d'éducation de la population sur une bonne alimentation est donc nécessaire pour que le business model développé par Marleen Deblieck acquiert toute son efficacité.

 

De plus, Marleen nous a présenté les difficultés qu'elle rencontre pour obtenir du crédit de la part des banques nationales. En effet, les banques du Chili ne veulent pas prendre le risque de prêter à des petites entreprises comme celui de Marleen, dans lequel il n'y a pas beaucoup de garanties. Marleen refuse de s'endetter auprès de certaines banques privées qui ont des taux d'intérêt très élevés pour ne pas finir surendettée comme Flores del Sur. Mais il est très difficile d'obtenir un crédit auprès de banques de l’Etat. Cela handicape le développement de la Tahona. 


             Enfin, on peut se demander si le rôle que joue Marleen dans la réussite de son entreprise n'est pas une limite à sa réplicabilité. En effet, Marleen possède une sensibilité particulière au développement durable, ce qui lui permet de lancer un business model durable. Mais cette envie d'aider les autres n'est pas partagé par tous les entrepreneurs. De plus, Marleen a bénéficié de sa connaissance de certaines femmes au sein de l'ONG Pachamama pour pouvoir tr
availler avec des gens de confiance, ce qui n'est pas toujours facile à faire.

 

 

Intérêt du business model

 

            Le principal intérêt du business model consiste en sa réplicabilité. En effet, les principes de la Tahona en sont pas très compliqués: respect des employés, amélioration de la qualité des produits, travail avec les producteurs locaux. Cependant, ce sont des principes tous simples comme ces derniers qui transforment un business classique en un business durable, c'est-à-dire qui protège l'environnement et les personnes humaines, tout en étant rentable économiquement.

 

            Tout comme Natural frut, on remarque l'importance du rôle des femmes. Stabilisatrices du foyer familial, elles font souvent du travail de qualité quand elles trouvent la confiance de s'associer pour un business.

 

            Enfin, la nécessité de stabiliser la situation financière de l'entreprise est essentielle pour sa réussite. La bonne volonté ne suffit pas, il faut être professionnel dans ce domaine, en n'étendant que progressivement son activité, pour augmenter les bénefices, améliorer le sort de plus de personnes, et mieux protéger l'environnement.


Sources:

entretien avec Marleen Deblieck
entretien avec les femmes employées de la Tahona
visite de la boulangerie et du processus de fabrication des produits
http://www.fundaciontrascender.cl/home/noticias/0607_flores.html



Par Marie & Olivier - Publié dans : analyse des business models durables
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Mardi 26 août 2008 2 26 /08 /Août /2008 23:30
Voici nos coordonnées pour nous contacter (n'hésitez pas !)

Marie Bastin
marie.bastin@hotmail.fr
0673218548

Olivier Torrente
olivier_torrente1@hotmail.com
0630817238

Et dès septembre nous nous lançons dans la création d'un site internet qui unira les associations Altercase et Apuesta Latina, avec une adresse officielle pour nous contacter ! On vous tient au courant...
Par Marie & Olivier - Publié dans : Présentation
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Dimanche 24 août 2008 7 24 /08 /Août /2008 23:26
A Cuzco, ancienne capitale des Incas au coeur des montagnes péruviennes, nous avons rencontré Pascal Dousse, un ancien du MBA d'HEC. Celui-ci a décidé de quitter son poste dans l'industrie automobile après y avoir passé une dizaine d'années et est maintenant directeur d'une école dédiée aux enfants les plus pauvres.

Changement, engagement, humanité, service, espoir, famille, carrière, société, apprentissage, humilité, ... sont les thèmes que nous avons abordé. Cette rencontre n'est pas liée directement à notre sujet d'étude mais il nous paraît intéressant de partager avec nos lecteurs les belles rencontres que nous avons faite au cours de notre voyage

Mais comme parfois une petite vidéo vaut mieux qu'un grand discours, nous vous laissons cliquer sur le lien ci-dessous.

http://es.youtube.com/watch?v=F-VbMfqVqZA

Par Marie & Olivier - Publié dans : au fil du voyage...
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Samedi 23 août 2008 6 23 /08 /Août /2008 18:37
On a enfin réussi à charger quelques vidéos. Alors n'hésitez pas, cliquez sur les liens youtube pour les voir ! Vous en trouverez en bas des articles suivant:

-Natural Frut : une vidéo des femmes se présentant, et une autre présentant le processus de production

-Root Capital : présentation du bureau de Lima

-Cañete : un extrait de l'entretien avec Raúl Farge Compos et un apperçu de la vie des habitants du site

Les autres vidéos sont sur d'autres cartes mémoires que nous avons laissées à Buenos Aires donc ce sera pour plus tard !

A bientôt !
Par Marie & Olivier - Publié dans : au fil du voyage...
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